27.01.2008

Critique : Les promesses de l'ombre (Eastern promises) - Howard Shore

95821041773ed0ea5dd3284319f14aab.jpg

**** 

Début de l'année 2004 : Howard Shore remporte un oscar pour LE SEIGNEUR DES ANNEAUX : LE RETOUR DU ROI alors que le film triomphe auprès de la critique et du public. Comment le compositeur allait-il pouvoir gérer le succès de la trilogie et trouver de nouveaux challenges après ce qui restera sans doute l'oeuvre de sa vie... ??

La suite fut assez inattendue et désorienta nombre de béophiles, parfois à juste titre,  Howard Shore ne nous ayant donné entre 2004 et 2007 que des musiques mineures ou peu inspirées : THE AVIATOR s'avère quelconque et s'oublie très vite, A HISTORY OF VIOLENCE, l'une des moins bonnes collaborations entre Shore et David Cronenberg, mise sur le recyclage facile, THE DEPARTED, se révèle plus intéressante (notamment dans l'utilisation des guitares) mais n'est absolument pas mise en valeur dans le film par le réalisateur Martin Scorsese (qui de toute façon a toujours préféré les chansons au détriment de musique originale) et enfin THE LAST MIMZY, pot-pourri routinier de tout ce qu'a pu composer Shore au cours de sa carrière.

Notons également le désastre lié au film KING KONGHoward Shore quitta le film en raison "de divergences artistiques" avec le réalisateur Peter Jackson alors qu'il avait déjà composé et enregistré une bonne partie de sa musique. Il laissa sa place à James Newton Howard qui en catastrophe (et avec quelques orchestrateurs chevronnés) signa la bande originale (l'une de ses plus belles partitions cela dit). A ce jour, le score de Howard Shore n'a toujours pas été édité et reste malheureusement inédit..
 
02452c774574ca606d760babf2a3bbf4.jpg
 

LES PROMESSES DE L'OMBRE sonne quelque peu comme une revanche pour le compositeur. Douzième collaboration avec le réalisateur David Cronenberg, la musique s'impose d'emblée comme une des meilleures de son auteur : tour à tour, sombre et médidative, envoûtante et désenchantée, elle est l'un des nombreux atouts d'un film entièrement maîtrisé par son réalisateur : on n'oubliera pas de sitôt les interprétations de Viggo Mortensen (fort justement nommé aux prochains Oscars dans la catégorie "meilleur acteur") et de Armin Mueller-Sthal dans le rôle de mafieux russes, tous deux inquiétants et ambigüs à souhait. Telle une marque de fabrique, la famille est une nouvelle fois le thème principal du réalisateur qui n'hésite pas à nous plonger dans un abyme de noirceur et de violence, culminant lors d'une scène d'anthologie se situant dans un sauna.

16d2885aba80fe1c09e98f4ef3231213.jpg

Comme d'habitude chez Howard Shore, la musique se veut un reflet fidèle des émotions des personnages et des ambiances présentes dans le film.  Pour illustrer cette tragédie moderne, le compositeur s'est tourné vers le folklore russe bien que le film se déroule à Londres. Le violon soliste domine ainsi très largement l'ensemble de la partition : le premier morceau nous présente ainsi le thème du film, mélancolique et délicat, qui peut rappeler celui composé par John Williams pour LA LISTE DE SCHINDLER.

Le reste de la partition fait preuve de la même finesse, le violon étant parfaitement bien accompagné par les cordes du London Philarmonic Orchestra et par des instruments traditionnels (la clarinette, la balalaika, le cymbalom ou l'accordéon) conférant à la musique une tristesse et un tourment permanents. La sincérité de la démarche et la qualité d'écriture permettent d'ailleurs au compositeur d'éviter très largement de tomber dans les clichés du genre, style "musique du monde". Bien que répétitive, la musique dégage un charme et une force qui renvoient directement à l'excellent THE YARDS, partition trop souvent méconnue de Howard Shore.

Calme, uniforme et intemporelle, le score des PROMESSES DE L'OMBRE est donc une excellente surprise de la part du compositeur, qui nous livre là un travail impressionnant et de toute beauté. A ne pas manquer.
 
d8af754ccd05ae21a3b33a52ec2b043c.jpg

 Tracklisting :

  1. Eastern Promises (5:06)
  2. Tatiana (5:12)
  3. London Streets (1:56)
  4. Sometimes Birth and Death Go Together (1:53)
  5. Trafalgar Hospital (1:34)
  6. Vory V Zakone (:48)
  7. Slavery and Suffering (2:00), traditionnal
  8. Nikolai (1:19)
  9. Krill (2:09)
  10. Anna Khitrova (3:26)
  11. Eagle and Star (1:25)
  12. Nine Elms (6:16)
  13. Like a Place in the Bible (1:22)
  14. Trans-Siberian Diary (2:31)

 Sony Classical (durée : 36'57, dont Shore : 34'57)