06.01.2008

A la croisée des mondes, La boussole d'or (The golden compass) - Alexandre Desplat

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Depuis le triomphe du SEIGNEUR DES ANNEAUX, les grands studios américains se font un devoir à nous livrer un film de fantasy et de merveilleux pour les vacances de fin d'année. New Line Cinema, producteur des CHRONIQUES DE NARNIA, a donc dépensé une somme assez monstrueuse (180 millions de dollars de budget) pour nous en mettre plein la vue. Malheureusement, A LA CROISEE DES MONDES, LA BOUSSOLE D'OR est loin de rentrer dans les frais, du moins aux USA où les recettes sont "seulement" de 60 millions de dollars remboursant à peine le tiers du budget. Pour éponger les dettes, il faudra sans doute se tourner vers l'international. De quoi contrarier les producteurs qui ont pris le risque de porter à l'écran ce qui est au départ une trilogie imaginée par l'écrivain Philip Pullman.
 
Après visionnage du film, on peut toutefois comprendre que les objectifs fixés n'ont pas été tous atteints : LA BOUSSOLE D'OR s'avère être une oeuvre correcte mais sans génie. Si elle dépasse LES CHRONIQUES DE NARNIA dont les gamineries devenaient vite insupportables, elle n'arrive pas non plus au niveau d'un HARRY POTTER qui reste encore le "must" dans le domaine du merveilleux destiné aux plus jeunes.
 
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Il n'est pas sûr que le choix de Chris Weitz à la mise en scène est forcément été une bonne idée, tant sa réalisation apparaît conventionnelle et appliquée. L'histoire, pourtant brillante sur le papier, devient sous sa direction, une accumulation de scènes reliées les unes aux autres par un fil narratif ténu (la boussole en question ne semble être qu'un gadget pour résoudre les faiblesses du scénario). Quant à l'interprétation, elle navigue de l'excellent (Dakota Blue Richard, Nicole Kidman) au tout juste correct (Daniel "OO7" Craig, Eva Green) en passant par l'insignifiant (Tom Courtenay, Derek Jacobi et Christopher Lee - deux lignes de dialogue !!- sont impitoyablement sacrifiés ).
 
Malgré ces carences, le film évite au moins l'écueil d'être ennuyeux s'appuyant sur des effets spéciaux majoritairement réussis, des décors spectaculaires et quelques belles séquences lyriques (Lyra sur le dos de l'ours dans des paysages enneigés). La musique de Alexandre Desplat apporte également sa pierre à l'édifice en nous offrant l'une de ses meilleures partitions.
 
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Décidément très en forme ces derniers temps (L'ENNEMI INTIME, LUST, CAUTION et LE MONDE MERVEILLEUX DE M. MAGORIUM), le compositeur termine l'année en nous livrant un travail ambitieux, à la fois grandiose et intimiste, et en même temps original en s'affranchissant des règles musicales posées par des films comme le SEIGNEUR DES ANNEAUX ou à HARRY POTTER. Longue de 74 minutes, la musique peut s'avérer déroutante, voire ennuyeuse à la première écoute tant elle ne tend pas vers un lyrisme exacerbé, ou des motifs immédiatement reconnaissables.
 
Il semble que Desplat ait voulu, au contraire, s'affranchir des clichés et tenter une composition moins conventionnelle que l'on pourrait attendre pour ce type de films. Après plusieurs écoutes, différents thèmes se dessinent pour former une mosaïque variée et complexe. On reconnaît bien là le professionnalisme du compositeur, son souci de concilier diverses approches musicales, l'atmosphérique et le mélodique.

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Du côté de la musique d'ambiance, on est constamment surpris par les innovations du compositeur. Par exemple, pour illustrer le thème de la boussole parseminé tout au long du score, Desplat utilise des sonorités mystérieuses et inédites rappelant en cela les expérimentations de Thomas Newman : bols tibétains, gongs, violon électrique, cloches, vibraphone, baglama..  un mélange envoûtant que le compositeur utilise également lorsque Lyra est secourue par les gitans.
 
Qu'on se rassure, Desplat sait également employer les ressources d'un grand orchestre (et des choeurs), le plus souvent de manière rationnelle selon les situations : le thème de Lyra est ainsi tantôt présenté sous une forme intimiste (au piano) pour évoquer sa solitude, mais également de façon plus grandiose et épique, lors de ses périlleuses aventures dans les contrées nordiques.

On notera également que le compositeur fait preuve d'une belle vigueur dans les scènes d'action pure (le combat des ours, impressionnant), qu'il sait être émouvant sans être mièvre dans les moments les plus intimistes (la rencontre de Lyra et de Iorek) et que son appoche musicale pour la diabolique Mrs Coulter est fort appropriée (ce personnage bénéficie d'un motif à la fois charmeur et mystérieux, nous rappelant dans ses intonations une fois encore que Desplat est un grand admirateur du score de Jerry Goldsmith, BASIC INSTINCT).

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Même si l'on peut déplorer quelques passages (mineurs) plus anecdotiques (les thèmes de Serafina Pekkala et Iorek manquent de profondeur), l'amateur de musique de film aurait tort de bouder son plaisir tant les recherches musicales présentes tout au long de la partition ne pourront que le séduire.

Alors que le film de Chris Weitz s'avère relativement décevant, la musique de Alexandre Desplat, tantôt grandiose, tantôt délicate, s'avère au contraire être une très grande réussite et la preuve que cet excellent compositeur est aussi à l'aise à Hollywood qu'en France. Chaudement recommandé.


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Musique de Alexandre Desplat

Track listing :
  1. The Golden Compass (2:22)
  2. Sky Ferry (2:44)
  3. Letters from Bolvanger (2:33)
  4. Lyra, Roger and Billy (1:29)
  5. Mrs Coulter (5:20)
  6. Lyra Escapes (3:44)
  7. The Magisterium (1:58)
  8. Dust (1:10)
  9. Serafina Pekkala (1:50)
  10. Lee Scoresby's Airship Adventure (1:20)
  11. Iorek Byrnison (5:28)
  12. Lord Faa, King of the Gyptians (2:17)
  13. The Golden Monkey (2:04)
  14. Riding Iorek (4:38)
  15. Samoyed Attack (1:21)
  16. Lord Asriel (2:10)
  17. Ragnar Sturlusson (6:18)
  18. Ice Bear Combat (2:15)
  19. Iorek's Victory (1:26)
  20. The Ice Bridge (1:33)
  21. Rescuing the Children (2:18)
  22. Intercision (2:47)
  23. Mother (3:35)
  24. Battle with the Tartars (4:31)
  25. Epilogue (3:33)
  26. Lyra Kate Bush (3:19)

Temps total : 73'50 (dont Desplat : 73'31)

Decca (sortie Europe)

New Line Records (sortie USA)

25.11.2007

Le merveilleux magasin de M. Magorium (Mr. Magorium's wonderful emporium) - Alexandre Desplat & Aaron Zigman

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MR. MAGORIUM'S WONDER EMPORIUM (Alexandre Desplat et Aaron Zigman) ****

MR. MAGORIUM'S WONDER EMPORIUM marque enfin le retour de Dustin Hoffman dans un rôle de premier plan. On désespérait de voir l'acteur cantonné à des rôles uniquement secondaires, même si ceux-ci pouvaient être savoureux (LE PARFUM, CONFIDENCE, NEVERLAND...). C'est donc avec une joie certaine que l'on découvrira le 13 février prochain l'acteur tenir le rôle principal de M. Magorium dans un film "familial" à la CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE qui s'annonce assez délirant.

Dans cette première réalisation de Zach Helm, Natalie Portman incarne la gérante d'une boutique de jouets - Le Merveilleux magasin de M. Magorium. Tous les jouets semblent prendre vie sous l'influence de l'esprit excentrique du propriétaire des lieux, M. Edgar Magorium (Dustin Hoffman). Alors que ce dernier voit sa santé se dégrader, il décide de lui vendre son magasin. Mais la jeune fille étant dépressive, elle change cet univers vibrant en un endroit insipide et froid... 

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S'agissant de la musique, on retrouve Alexandre Desplat qui prend visiblement beaucoup de plaisir à prolonger son aventure américaine avec des projets très éclectiques. A mi-parcours, le compositeur a du malheureusement rendre sa baguette et quitter précipitemment le film pour mieux s'occuper des scores de LUST CAUTION et du très attendu A LA CROISEE DES MONDES : LA BOUSSOLE D'OR. (cf. news précédente).

Alors que Patrick Doyle a été un moment envisagé pour le suppléer, c'est finalement Aaron Zigman (LE SECRET DE TERABITHIA) qui a été appelé à la rescousse à la demande de Desplat pour composer le reste de la musique, adapter ses thèmes et diriger l'orchestre. 

A première vue, on pourrait avoir la crainte d'un patchwork improbable et bâclé : on aurait tort, la musique de MR. MAGORIUM est un enchantement du début à la fin, même s'il n'est pas toujours aisé de reconnaître qui a fait quoi.

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Refusant la dictature du temp-track (musiques temporaires préexistantes), les deux compositeurs ont livré une musique magnifiquement inspirée et presque totalement originale: ici ou là, on pourra reconnaître des hommages (plutôt que des emprunts) à John Williams, James Horner, Jerry Goldsmith ou Thomas Newman sans que ces références ne deviennent pesantes ou déplacées. (NB : il ne serait pas étonnant que les morceaux renvoyant à Thomas Newman soient uniquement l'oeuvre de Zigman, ce compositeur ayant illustré FLICKA et TERABITHIA dans un style très newmanien).

Le thème, superbement orchestré, est évoqué dès le début avec le superbe  "Mahoney's debut" et reprise sous différentes formes, de manière majestueuse ou émouvante  conférant à la musique la magie et l'émerveillement requis qu'on est en droit d'attendre ("Your friend", "Night time", "Tomorrow"...).

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Flamboyante et colorée, la partition mélange avec bonheur les morceaux virevoltants (mais sans tomber dans le mickey-mousing) et les mélodies superbes : on admirera en particulier le grandiose "The Flight of the magorium" (joyau de 5 minutes), les délirants "Temper tantrum (part I et II)", l'atmosphérique "The funeral", les références parodiques à Tchaikovsky et la musique hawaïenne (!) ("Triscadecaphobia", "Magorium's apartement") sans oublier un final éblouissant ("Finale").

Bourrée de thèmes fort bien écrits et orchestrés,  Desplat et Zigman signent assurément l'une des meilleures BO d'une année 2007 assez terne.

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Track Listing:

  1. Main Title (2:44)
  2. Mahoney's Debut (2:39)
  3. Good Morning (1:24)
  4. Night Time (0:47)
  5. Kermit (1:38)
  6. Dodge Ball (1:53)
  7. Bellini (0:59)
  8. Temper Tantrum Part 1 (2:31)
  9. The Wall's Breath (0:42)
  10. The Flight of Magorium (4:45)
  11. The Store Jam (1:05)
  12. Temper Tantrum Part 2 (1:17)
  13. Block of Wood (1:53)
  14. The Funeral (2:42)
  15. Great Wisdom (1:21)
  16. Sparkle (2:01)
  17. Triscadecaphobia (1:20)
  18. Magorium's Apartment (1:02)
  19. Dancing (1:34)
  20. Your Friend (1:47)
  21. Lost Pair (1:16)
  22. Just Trying to Help (1:02)
  23. Eric Builds Lincoln (1:13)
  24. Eric and Mutant (1:58)
  25. A Substantial Offer (1:33)
  26. The Euphonium (0:42)
  27. The Stare (0:36)
  28. I'm Stuck (1:13)
  29. You're Hired (1:31)
  30. Tomorrow (1:53)
  31. You Have to Live (0:41)
  32. A New Chapter (1:30)
  33. I'm Leaving (0:40)
  34. Delusional (0:38)
  35. Magic Magnet (1:35)
  36. Finale (2:40)
  37. Love the World You Find (2:33)
Temps total : 58 minutes 50 secondes (dont Desplat et Zigman : 56 minutes 17 secondes)

Varese Sarabande VSD-6864 (2007)

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18.11.2007

A la croisée des mondes : la boussole d'or (His dark materials : The golden compass) - Alexandre Desplat

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Alexandre Desplat (DE BATTRE MON COEUR S'EST ARRETE, L'ENNEMI INTIME) poursuit son aventure américaine en signant probablement le film le plus ambitieux de sa carrière, la musique - très attendue- de l'adaptation du premier tome de la trilogie fascinante créée par l'écrivain Philip Pullman.
 
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Rappelons brièvement l'histoire : pourquoi la jeune Lyra, élevée dans l'atmosphère confinée du prestigieux Jordan College, est-elle l'objet de tant d'attentions ? Lorsque son meilleur ami disparaît, elle se lance sur ces traces. Un perilleux voyage vers le Grand Nord, lui révèlera ses extraordinaires pouvoirs et la conduira à la frontière d'un autre monde.

Aurolé d'un casting prestigieux (Nicole Kidman, Daniel Craig, Sam Elliot, Eva Green et même deux rescapés du SEIGNEUR DES ANNEAUX, Christopher Lee et Ian McKellen), le film est réalisé, choix curieux, par Chris Weitz (POUR UN GARCON) qu'on attendait pas vraiment du côté de l'héroic-fantasy. Il sera intéressant de voir si le réalisateur a réussi à s'adapter au gigantisme d'une production telle que celle-là.

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On sera également attentif à la musique d'Alexandre Desplat que l'on espère grandiose : s'agissant des scores de films américains qu'il a déjà composés, le compositeur a surtout été inspiré dans les productions intimistes (SYRIANA, LA JEUNE FILLE A LA PERLE, BIRTH), moins dans les productions les plus commerciales dans lesquelles son style avait tendance à se diluer (FIREWALL avec Harrison Ford lorgnait vers Trevor Jones, OTAGE avec Bruce Willis citait ouvertementr Jerry Goldsmith). 

Soyons confiants : l'héroic-fantasy et le merveilleux donnent généralement des partitions remarquables (l'extraordinaire trilogie du SEIGNEUR DES ANNEAUX de Howard Shore), ou très sympathiques, a défaut d'être mémorable (STARDUST de Ilan Eshkeri, LES CHRONIQUES DE NARNIA de Harry Gregson-Williams).

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Le CD, prévu le 11 décembre prochain chez New Line Records, s'annonce bien rempli puisqu'il contient 25 pistes et une chanson de Kate Bush : le morceau «Lyra», d'après le nom du personnage principal du film, Lyra Belacqua, pourra être entendu dans le générique de fin.

La sortie du film est prévue en France le 5 décembre prochain. 


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